Korhom au Liban

Du 26 juin au 5 juillet 2013 – Liban, Saidaa – avec l’Ambassade de France au Liban et l’UNRWA (Nations-Unies)

Korhom propose un programme d’éducation aux Droits de l’Homme à de jeunes réfugiés palestiniens du Liban (camps de Albadawi, Naher Albaref, Chatila, Sabra, Saidaa) pendant une semaine. Ces adolescents de 12 à 17 ans seront accueillis à l’école de Siblin sur toute la semaine, avec des ateliers le matin et des activités sportives et ludiques l’après-midi. 

(récit de Pascaline, intervenante)

Il est difficile de partager des émotions, des rencontres, des sourires…  Voilà tout de même un bref échantillon suivi de quelques photos, également difficiles à prendre lorsqu’on est dans l’action…

Jeudi 27 juin :

Le démarrage du stage est décalé d’une journée en raison de troubles à Tripoli qui bloquent les routes. Les enfants arrivent donc jeudi midi à l’école de Siblin. Nous découvrons de grands gaillards comme de petits formats miniatures… Il ne va pas être facile de retenir les 50 prénoms !

Samedi 29 juin :

Ateliers sur l’identité : nous réfléchissons à ce qui fait que nous sommes uniques, ce qui nous défini. Les enfants parlent beaucoup de leurs origines, notamment des villes et villages de Palestine d’où ils viennent. Le jeu des qualités et la réalisation des étoiles de personnalité plaisent beaucoup. Je découvre qu’ils parlent assez peu français et qu’avec mon petit niveau d’arabe, il faut finalement souvent passer par la traduction ce qui complique le déroulé des ateliers car beaucoup de questions (et réponses !) sont subtiles et il n’est pas facile d’être précis avec cet intermédiaire de langue.  Ca prend aussi plus de temps et cela freine les débats. Je pense réadapter les prochains ateliers.

Les temps informels comptent beaucoup. Nous échangeons notamment sur nos différences, par exemple par rapport aux études, à la « citoyenneté » en général (le statut de réfugié palestinien au Liban est vraiment compliqué) à la religion ou encore aux relations amoureuses. Ce sont beaucoup de sujets qui semblent intéresser les jeunes. Mais pour avoir vraiment ce qu’ils pensent eux, ce qu’ils vivent personnellement, il faut les aborder à 2 ou 3 personnes maximum, pendant le goûter ou le soir par exemple. Sinon, ils se conforment à des réponses communément admises ou du moins bien vues par le groupe, voire la société.

Lundi 1er juillet :

Aujourd’hui, c’est jour de repos. Tout le monde est fatigué, le rythme est soutenu. Nous proposons aux enfants de ne pas faire les 6h d’ateliers prévues mais de prendre du temps pour jouer, pour faire la lessive, etc. C’est l’occasion de beaucoup de discussions encore. On apprend quelques chansons françaises, d’autres arabes, la rencontre se fait aussi par le plaisir de s’apprendre mutuellement nos cultures. Les filles adorent les chansons d’amour, ce sont de grandes romantiques et c’est drôle de partager leurs secrets. Plusieurs garçons veulent absolument faire du judo avec moi, ils semblent très intrigués qu’une fille puisse pratiquer ce sport. Je me prends au jeu et leur explique quelques principes… même si ce n’est pas facile sans tenue adaptée.

Mercredi 3 juillet :

Ce soir, je suis très émue. Il y a « ciné caravane » qui est venu : c’est une association qui projette des films sur grand écran en plein air. Ils montent tout le matériel, nous installons les chaises, et après le diner, dans la nuit, tous les enfants s’installent devant cet écran géant. Je ne sais pas pourquoi mais de voir toutes ces petites frimousses complètement absorbées par le film, d’entendre ce son qui emplit toute la cour de l’école, de les entendre rire tous en même temps… j’ai pris conscience soudainement de tous les beaux moments qui allaient rester des souvenirs. C’est aussi tous ces jours passés qui font que l’on se connaît mieux, qu’on s’attache, et la fin qui commence à se profiler, on sait qu’il ne reste que quelques jours pour profiter…

Jeudi 4 juillet :

Veille du départ : le temps des derniers ateliers, du rangement, des valises mais aussi de la préparation de la boum et des répétitions générales pour la restitution du lendemain avec les parents. Lorsque tous les enfants sont sur scène pour chanter ensemble la chanson qu’ils ont inventées avec Kamal, j’ai la gorge serrée. C’est une très belle chanson. Pour ma part, nous constituons d’immenses banderoles avec leurs dessins :

– pour l’identité : toutes les étoiles de personnalité mais aussi toutes les cartes de qualité (drôle, calme, gentil, dynamique, curieux, etc.)

– pour la solidarité / coopération / égalité, des affiches réalisées à plusieurs mains sur ces thèmes (selon les groupes). Certains parlent de l’égalité garçons/filles – sujet très intéressant dans ce pays où la séparation est assez marquée et parfois très « disparate » selon les personnes ou les moments. D’autres parlent de l’égalité dans le monde et notamment entre la France et le Liban (entre les arabic et les europic comme m’a dit un jeune !).  Les affiches sur la solidarité sont très variées.

– pour les « droits de l’Homme dans ma ville », nous travaillons sur la construction de villes imaginaires qui permettraient à tous les besoins d’être respectés. Certains ont de l’imagination !

Les enfants volontaires viennent, pour chaque sujet, préparer ce qu’ils aimeraient dire lors de la restitution. Nous préparons les textes en français et en arabe.

Vendredi 5 juillet :

Les parents arrivent, le lieu de restitution est magique : dans la petite cour, avec des arbres en fleurs, sous le soleil avec une petite brise de vent, la mer juste en face. Les enfants sont tous beaux et stressent pour la restitution. Et puis il faut se lancer. Chacun passe à son tour et je suis admirative. Ils sont magnifiques, ils rayonnent, et je réalise que je prends ici une belle leçon d’humanité.

à l’année prochaine… inch’allah !